Les dossiers 1090/40

La rupture de l'étai

Entre Cap Vert et Antilles, dans la nuit du 11 décembre 2000, à 23 heures, à 1150 miles de l'arrivée (2000 kilomètres), Yves est à la barre, sous un ciel clair de pleine lune, par un vent de force 6 et une mer forte.

Il entend un bruit sec, puis voit le génois enroulé se ballader de gauche à droite. Il comprend tout de suite que l'étai vient de se casser en tête de mat et qu'il n'est plus retenu vers le haut que par la drisse de génois. Il me réveille.

J'appelle Evelyne et Jacques sur le pont pour la manoeuvre. Il faut agir vite, tout en prenant les bonnes décisions. Une fausse manip pourrait être immédiatement sanctionnée par un démattage (ndlr : Gégé n'allait quand même pas remettre ça après le démattage du Sun Fast 42, en Mars 98 au large de Marseille).

- Au grand largue, on prend 3 ris dans la grand voile pour ralentir Boisbarbu qui fonce à 7 ou 8 noeuds dans l'obscurité.
- On assure le mat vers l'avant par la drisse de spi frappée sur le clavier d'étrave.
- On démonte l'enrouleur de l'étrave. Pas facile de manipuler l'ensemble étai / enrouleur / génois d'une longueur de 14 m 50 et d'un poids de 50 à 80 kilos, sur ce pont mouillé, qui fait de violentes embardées sous l'action des vagues. Evelyne fait doucement filer la drisse de génois. Yves et Jacques bagarrent pour amener l'enrouleur vers l'arrière et finalement allonger étai et enrouleur sur le pont tribord. Je manoeuvre la drosse d'enrouleur et une drisse frappée à l'enrouleur pour équilibrer l'enrouleur entre l'avant et l'arrière du pont).
- On assure le mat vers l'avant avec la drisse de génois.
- On renforce l'étai largable en doublant l'élingue du foc.
- On remplace les écoutes de foc par une vieille corde d'escalade. L'élasticité de ce nouveau cordage absorbe les chocs du foc et nous permet de mieux descendre dans le lit du vent sans craindre les déventes et claques du foc.

La cause

Plusieurs hypothèses. Aucune certitude.
Le cable de l'étai, monotoron 8 mm (19 brins) ne s'est pas desserti. Il a cassé, à la limite du sertissage en tête de mat.

Le contexte

- Canaries-Cap Vert a été descendu par vent arrière 5 à 7, et mer forte, sous génois seul. Le génois claque sous la houle.
- Au Cap Vert, 3 jours de près, par vent de 25 à 40 noeuds, avec foc de route gréé sur l'étai largable. Le bateau tape.
- L'étai largable part du haut du mat (30 cm sous l'étai) et se frappe sur le pont avant (40 cm derrière l'étai).
- Les 800 premiers miles de la Transat sont parcourus au grand largue, sous foc de route gréé sur l'étai largable.
- L'étai largable, très tendu, détend peut-être légèrement l'étai principal et permet à l'enrouleur un important ballant.
- L'étai prinicipal est serti sur des chapes non articulées. Un ballant va donc être absorbé par la torsion du cable en sortie de sertissage.
- Le génois, trop long de 10 cm, ne peut être étarqué à fond et soulager la tension de l'étai.
- La rondelle d'alignement dans l'émérillon de l'enrouleur est manquante.
Autant d'éléments qui ont pu contribuer à la rupture de l'étai. Le plus important me paraît être l'absence de chapes articulées. Cet étai est vraisemblablement d'origine sur ce bateau, et n'était pas prévu pour recevoir un enrouleur de génois. Lors du montage de l'enrouleur, l'étai n'a pas été remplacé et s'est ainsi trouvé inadapté à sa nouvelle charge. 

Les réparations

- Echange de l'étai avec sertissage sur des chapes articulées. - Les chapes articulées étant plus longues, la longueur utile pour le génois sera diminuée. Afin de limiter la réduction du génois, le tambour d'enrouleur sera positionné plus bas sur le pont. D'où moins de place pour le passage de l'ancre lors des mouillages.
- Réduction du génois, au niveau de son point de drisse.
- Soudure et fixation de la platine de drisse de spi qui s'était déchirée / arrachée, en raison des chocs sur la drisse de spi, qu'impose l'étayage du mat.

Photos de l'étai avant (sans chape articulée) et après réparation (avec chape articulée)

Les leçons de cette avarie

- Lors de l'installation d'un enrouleur de génois, modifier l'étai avec des chapes articulées. - La longueur du guindant du génois doit rester 5 cm inférieure à la longueur du tube d'enrouleur, même étarqué.
- Au près, éviter de faire taper l'étrave dans la vague (ndlr : facile à dire!...).
- Avec un étai largable, étarquer le pataras pour l'étai principal ne mollisse pas sous la tension de l'étai largable.
- Faire une inspection détaillée du gréement, dans la mature, avant chaque traversée, et ne transiger sur aucun défaut, même si il paraît anodin. Dans les bouquins, on conseille de s'alerter si un gendarme apparait au niveau du sertissage. C'est déjà beaucoup trop tard. En matière de géement, la perfection est tout juste suffisante.

Gérard

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